Une autre Australie : 15 jours sur les routes de Tasmanie

par Pierre
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Paysage de montagne en Tasmanie.

Vous êtes bien en Australie. Mais ici, pas de désert, pas de sable rouge, pas d’outback, pas de distances interminables à parcourir en voiture, beaucoup moins d’animaux dangeureux aussi… La Tasmanie est vraiment à part ; c’est une terre du bout du monde, un climat tourmenté, un petit paradis sauvage, un certain art de vivre aussi. Visite guidée d’une île qui cache bien ses trésors.

 

 

La Tasmanie, portrait d’une île tourmentée


Pour bien comprendre la Tasmanie, il faut d’abord en dresser un portrait peu racoleur… Cette île de forme vaguement triangulaire flotte à 200 kilomètres au sud de l’île mère australienne (à côté de laquelle elle semble bien petite !), à l’aplomb de Melbourne. Je résume très grossièrement la situation : la Tasmanie est en réalité un archipel de quelque 300 îles, dont la très grande majorité est inhabitée.

Elle se situe en plein dans les « quarantièmes rugissants » et au-delà de sa côte sud s’ouvrent des mers encore plus hostiles : celles qui conduisent aux « cinquantièmes hurlants » et à l’Antarctique : en Tasmanie, la météo peut avoir très mauvais caractère – mais c’est aussi ce qui donnera du charme à ses paysages. Toutefois, la côte est est plutôt mieux préservée des intempéries, ce qui explique l’assez surprenante diversité des paysages que vous traverserez.

On estime qu’avant l’arrivée des Européens, la Tasmanie est restée sans relations avec le reste du monde pendant presque… 10 000 ans ! Cela a permis le développement et la préservation d’une faune et d’une flore très spécifique. On pense bien entendu au « diable de Tasmanie », très menacé aujourd’hui. C’est un étrange mélange de chien et d’ours, doté d’un sacré coup de mâchoire, d’un cri rauque et hystérique, d’une sale odeur quand on l’agresse et d’un authentique fichu caractère… Sympa, non ? Mais on trouve encore en Tasmanie des ornithorynques, des échidnés (une sorte de hérisson), ainsi qu’une douzaine d’espèces d’oiseaux endémiques…

Diable de Tasmanie hurlant.

Pour une rencontre avec le diable, rendez-vous en Tasmanie…

L’île a été reconnue en 1642 par l’explorateur hollandais Abel Tasman, juste avant de toucher la Nouvelle-Zélande. Il cherchait l’Inde depuis l’île Maurice (autant dire qu’il a légèrement raté sa cible). Elle fut longtemps appelée la “Terre de Van Diemen” avant d’être rebaptisée en l’honneur de son découvreur au milieu du XIXe siècle. Quelques aborigènes y vivent, rapidement exterminés.

Les Anglais, qui occupent l’Australie voisine, ne savent que faire de cette terre inhospitalière. Mais comme les Français, l’air de rien, commencent à fouiner autour de la Tasmanie, comme autour de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, ils finissent par s’y installer : ce sera pour y établir des bagnes, comme en Australie (qui se souvient que Sydney est à la base une colonie pénitentiaire ?).

 

Mon itinéraire de road trip en Tasmanie

Carte des choses à voir en Tasmanie.

Un votre road en Tasmanie peut grosso modo se scinder en 5 régions au caractère bien spécifique : Hobart et sa région, la presqu’île de Port Arthur, la côté est et ses plages de rêve, la douceur parfois presque toscane de la côte nord, les grands parcs nationaux de la côte ouest.

 

Hobart et ses environs


Tout au sud de la Tasmanie, Hobart est lovée dans une longue échancrure de la côte, bordée d’un côté par la mer de Tasman et de l’autre par l’imposante silhouette du mont Wellington (d’où on jouit d’un superbe panorama). C’est la capitale de la Tasmanie et la seconde plus ancienne ville d’Australie après Sydney ; elle a été fondée en 1804.

Bateaux au port de Hobart en Australie.

Le port de Hobart : un petit aperçu de l’art de vivre tasmanien.

Avec ses presque 250 000 habitants, elle n’a rien d’une grande métropole, mais c’est précisément cela qui la rend si attachante. Avec ses bâtiments bas, la gentillesse de ses habitants (le reste des Tasmaniens a longtemps eu la réputation d’être plus « sauvage », même – surtout – avec leurs concitoyens australiens), le temps que l’on aime y prendre pour tout, elle entend clairement incarner une certaine douceur de vivre ; il suffit de se promener autour du port (sur Hunter Street ou Salamanca Place) ou dans le délicieux quartier de Battery Point pour s’en convaincre.

La grosse touche d’originalité est à chercher du côté du Museum of Old and New Art (ou “MONA”, ↘️ plus d’infos ici), fondé par le fantasque multimillionnaire australien David Walsh.

L'île de Bruny en Tasmanie.

Bruny Island, une escapade idéale pour se reposer aux portes de la capitale.

Pour une jolie escapade d’un jour ou deux non loin de la “capitale”, il y a Bruny Island (qui tire son nom de l’explorateur français Antoine Bruny d’Entrecasteaux) et ses doux paysages, et ses magnifiques (et faciles) chemins de randonnée. La vue y est notamment splendide depuis la mince bande de terre qui relie les deux parties de l’île (The Neck).

 

Port Arthur, la presqu’île infernale


C’est une une presqu’île à la forme tourmentée qui se détache presque de la côte sud de la Tasmanie, comme si la géographie des lieux tenait à se mettre au diapason de leur Histoire : Port Arthur est sans aucun doute l’un des sites tasmaniens les plus forts à visiter.

Vue du pénitentier de Port Arthur.

Ne vous fiez pas au beau temps : Port Arthur était autrefois l’une des pires destinations de la planète…

C’est en effet ici que s’établit l’un des pires bagnes jamais connus. Y furent affectés les prisonniers les plus violents, les plus récalcitrants, les dossiers les plus difficiles à gérer, ceux que même les bagnes de Sydney préféraient refuser (c’est dire). Cette péninsule fut choisie car très facile à garder : elle n’est reliée au reste de la Tasmanie par un unique isthme, large d’à peine quelques dizaines de mètres (Eaglehawk Neck). Tout autour : la mer de Tasman, où pullulent les requins.

Plus de 12 000 bagnards « vécurent » ici, avant que le pénitentier de Port Arthur soit peu à peu abandonné, dès la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, il en reste un endroit délirant, une ville fantôme, qui donne la chair de poule… Surtout quand la météo montre de la mauvaise volonté.

Outre le pénitentier, la presqu’île de Port Arthur offre quelques autres curiosités géologiques à visiter : on pense à la Tasman Arch ou au Tessellated Pavement. Tout au sud de la presqu’île, Shipstern Bluff et ses vagues monumentales – et la menace de ses grands requins blancs – est considéré comme l’un des spots de surf les plus spectaculaires et les plus dangereux du monde.

 

La côte est, ou les plages inattendues de Tasmanie


Changement radical de décor ensuite. En gagnant le Freycinet National Park (le plus ancien parc national tasmanien), plus haut sur la côte est, on se surprend à entrer dans un autre monde, loin, très loin des affres de Port Arthur : ici, l’air est plus sec, il y a plus de 300 jours de soleil par an, des plages paradisiaques apparaissent et se lovent dans des baies inattendues… Et on voit même les vignobles se développer (on en avait déjà aperçu quelques uns autour de Hobart).

Vue aérienne de la côte de Tasmanie.

Eaux turquoises, baies de rêve, végétation sauvage… Bienvenue au Freycinet National Park.

La plus connue est celle de Wineglass Bay, mais il y a aussi Hazards Beach, Friendly Beaches… Attention toutefois si vous souhaitez vous baigner : d’une, l’eau ne sera pas à la température qu’elle laisse présager ; deux, il peut y avoir des requins donc faites trempette dans une zone surveillée uniquement.

Le village de Bicheno est une adorable petite escale, avec ses airs de patelin austral, tranquille et heureux, son petit port de pêche, sa petite communauté francophone et sa colonie de pingouins…

Rochers sur une plage en Tasmanie.

À la Bay of Fires, les contrastes de couleur peuvent se révéler impressionnants…

En remontant encore davantage la côte orientale, vous tomberez sur deux autres plages emblématiques de la Tasmanie : Binalong Bay et surtout la Bay of Fires, qui semblent tirer son nom autant des feux de camp que le capitaine Furneaux y aperçut en 1773 que par la teinte orange de son granit ; lorsque le soleil frappe dessus, on a l’impression que les rochers s’embrasent…

 

Au nord de la Tasmanie, la petite Provence australienne


Au nord, c’est une étonnante Tasmanie qui se dévoile soudain, plus douce, plus campagnarde (du moins telle que nous nous représentons la campagne en Europe occidentale). L’île prend des airs tantôt de Provence, tantôt de Toscane ; elle semble s’être tournée vers les plaisirs de la table et l’art de vivre.

Champe de lavande en Tasmanie.

Eh oui, le nord de la Tasmanie est une région où l’on cultive beaucoup… la lavande !

C’est à Tamar Valley que s’épanouissent les vignobles les plus réputés de Tasmanie. Alors, bien sûr, il n’est pas question de production industrielle : les vins tasmaniens ne sont pas près d’inonder nos supermarchés. En tout et pour tout, la Tasmanie compte quelques centaines d’hectares de vignes, les domaines sont petits et le principal moteur des vignerons reste ici la passion : c’est ce qui rend une halte chez l’un d’eux si agréable.

L’épicentre de ce Nord épicurien est Launceston, la seconde plus grande ville de Tasmanie (80 000 habitants). On peut y faire une petite promenade pour admirer ses quelques monuments de l’époque victorienne (St John Street avec sa poste pourvue d’une tour ronde, qui fait face à la mairie au péristyle à l’antique ; en fait on croirait parfois arpenter une Londres… miniature). Le plus insolite est peut-être qu’elle est située directement au débouché de Cataract Gorge, aujourd’hui un parc urbain mi-sauvage, mi-urbanisé, que l’on peut partir “explorer” dès le centre-ville.

La côte nord est sans doute la partie la moins touristique de Tasmanie. On peut continuer jusqu’à The Edge of the World, à l’embouchure de l’Arthur River. Ce point a de particulier, de mythique, de n’avoir plus d’autre voisin que les côtes argentines, à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de là… Le vent y souffle très fort.

 

L’ouest et le cœur de l’île : la Tasmanie grandeur Nature


Voici la Tasmanie des cartes postales : la Tasmanian Wilderness World Heritage Area (classée au Patrimoine mondial de l’Unesco) occupe presque tout le versant occidental de l’île, représentant 20 % de sa superficie totale !

Ici, les grains froids de l’océan sans limite s’échouent dans ces montagnes. Autant dire que la région est verte, bien arrosée, dense. Certaines parties de la Tasmanian Wilderness World Heritage Area sont totalement dépourvues de routes (elles ne se traversent qu’à pied) et d’activité économique (les mines de Queenstown, aujourd’hui abandonnées sont de glaçants et spectaculaire souvenirs d’une époque révolue). On n’est pas loin, ici, d’une terre entièrement rendue à la vie sauvage..

La Tasmanian Wilderness World Heritage Area se décompose dans les faits en 8 parcs nationaux et réserves naturelles. On peut citer :

  • Le Cradle Moutain-Lake St Clair National Park. Au pied de la silhouette emblématique du mont Cradle (son échine de dinosaure culmine à 1545 mètres) démarre l’Overland Track, l’un des plus beaux sentiers de randonnée d’Australie. Long de 65 kilomètres, il permet de rejoindre le lac Saint Clair, au milieu d’une végétation luxuriante. St Clair Lake est un des lacs les plus profonds du monde : plus de 200 mètres.
Montagne et lacs en Tasmanie.

Au cœur de la Tasmanie, au pied de Cradle Mountain : un paradis pour la randonnée.

  • Le Franklin-Gordon Wild Rivers National Park, fréquemment cité comme ↘️ un des plus beaux parcs nationaux d’Australie.
  • Le Mount Field National Park. Au centre de la Tasmanie, il est célèbre pour ses chutes d’eau (Russell Falls, Marriott Falls, Horseshoe Falls, etc.) mais aussi les arbres impressionnants de la vallée du Styx.
Une cascade en Tasmanie.

Les chutes d’eau de Russell Falls sont l’une des plus connues de Tasmanie.

  • Le Southwest National Park occupe une bonne partie de la pointe sud de la Tasmanie : c’est le coin le plus sauvage de l’île, et la météo y est souvent mauvaise. Une rando vous permettra de ralier Southern Cape, le point le plus au sud de l’Australie.
  • Le parc national des Hartz Mountains vous offriront un dernier grand bol d’air avant de boucler votre road trip et de rejoindre Hobart.

 

Comment aller en Tasmanie ?


Il faut savoir qu’il n’y a pas de liaison directe entre l’Europe et la Tasmanie. Pour vous rendre sur l’île, vous aurez 2 possibilités :

  • Prendre le ferry à Melbourne, qui vous conduira jusqu’à la ville de Devonport, sur la côte nord de la Tasmanie. La traversée se fait de nuit et dure environ 9 heures. Attention : vous ne pouvez pas embarquer votre voiture de location sur le ferry.
  • Prendre l’avion depuis Melbourne, Sydney, Brisbane ou Adélaïde. Vous atterrirez à l’aéroport international de Hobart.

 

Louer une voiture en Tasmanie


Première question : faut-il absolument louer une voiture en Tasmanie ? En soi, rien ne vous y oblige. Après tout, il y a des bus qui sillonnent l’île mais sans vouloir pousser à la consommation, cette solution n’est pas pratique du tout compte tenu de la faible densité des lignes. Vous pouvez jeter un œil ici à nos ↘️ offres de location de voiture en Tasmanie au meilleur prix.

Côté circulation, rien à craindre. La conduite est plutôt zen. Peut-être aurez-vous besoin d’un peu de temps pour vous rassurer avec la conduite à gauche, mais cela vient vite, vous verrez (↘️ on vous donne quelques conseils ici).

Ce qui est appréciable quand on conduit en Tasmanie, contrairement à l’île principale d’Australie, c’est que les distances ne sont pas interminables : l’île mesure environ 300 kilomètres d’est en ouest et 350 kilomètres du nord au sud. À titre de comparaison, c’est l’équivalent de plus de 2 fois la Belgique pour, en tout et pour tout… 500 000 habitants. On ne se bouscule pas en Tasmanie !

 

Quand partir en Tasmanie ?


Vous aurez compris que partir découvrir la Tasmanie implique d’aimer les météos capricieuses, quelle que soit la saison. Bien sûr, en y allant pendant l’été austral (de début décembre à mi mars environ), vous augmentez vos chances de beau temps.

De juin à septembre, c’est l’hiver austral. Quitte à avoir du sale temps, pourquoi ne pas aller faire un peu de… ski ? Eh oui, il y a 2 (petits) domaines skiables en Tasmanie : l’un est au mont Mawson (au centre, dans le Mount Field National Park) et l’autre au Ben Lomond (au nord-est de l’île).

 

La chose qu’il ne faut pas oublier dans la valise


Sans hésitation : des vêtements chauds et des vêtements de pluie, peu importe la saison.

 


Crédits carte : Map tiles by Stamen Design, under CC BY 3.0. Data by OpenStreetMap, under CC BY SA.

3 commentaires

Laurence 17 juin 2023 - 8:35

Merci pour toutes ces infos très intéressantes !
Votre road trip s’est fait en combien de jours ?

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Florian 25 octobre 2018 - 18:23

vraiment magnifique, belle découverte

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Pierre 26 octobre 2018 - 12:12

Effectivement 🙂 Merci !

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