France : les résidences du Président de la République

par Pierre
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Vue du fort de Brégançon depuis la mer.

Quand on pense « Président de la République », on pense tout de suite « palais de l’Élysée' ». Normal. Pourtant, le plus haut représentant de l’État bénéficie d’autres résidences, plus ou moins connues. Petit tour de France de ces lieux de pouvoir et de villégiature, pétris de grande Histoire et d’anecdotes.

 

Le palais de l’Élysée, à Paris


L’adresse, le n°55 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, est mythique : c’est là, dans le VIIIe arrondissement de Paris, entre Madeleine et Champs-Élysées, que se situe le palais de l’Élysée. Cette résidence prestigieuse est le siège de la Présidence de la République française.

Pour qui a déjà parcouru l’étroite rue du Faubourg-Saint-Honoré, un détail ne manque d’interpeller : il n’y a aucun recul dans cette artère qui permet de se laisser pénétrer par la majesté des lieux. L’Élysée apparaît soudain au détour d’une rue et si ce n’est les gardes républicains en faction, on pourrait presque passer devant sans s’en rendre compte :

C’est aussi cela qui fait le charme du « Château » (le surnom que les hommes politiques donnent à l’Élysée) : à vrai dire, rien ne prédestinait cette résidence à jouer un rôle de premier ordre, voire le tout premier rôle dans le fonctionnement de l’État. 

 

Une histoire de hasards

Petit retour en arrière : au tout début du XVIIIe siècle, Paris n’est pas encore aussi étendu qu’aujourd’hui. Au-delà du jardin des Tuileries, il n’y a pas grand chose. Les Champs-Élysées ne sont alors qu’une vaste étendue boisée que l’on vient juste de commencer à aménager en promenade. Des guinguettes y poussent ici et là, qui jouissent d’ailleurs d’une éputation plutôt médiocre.

Juste à côté, le faubourg Saint-Honoré s’étend peu à peu. Il y a de la place : le comte d’Évreux confie à l’architecte Armand-Claude Mollet le soin de lui construire un hôtel particulier. Les travaux durent 4 ans (de 1718 à 1722). C’est le bâtiment que l’on voit aujourd’hui. Un beau bâtiment, ma foi : il passe tout de suite pour l’un des plus beaux hôtels particuliers de Paris. Mais on est tout de même bien loin d’un palais d’État !

En 1753, le comte d’Évreux meurt sans héritier. Le roi Louis XV rachète la résidence pour l’offrir à sa favorite, la célèbre Madame de Pompadour. À sa disparition en 1764, on affecte la première fonction protocolaire au bâtiment : l’hébergement des ambassadeurs étrangers en visite en France. Cela ne dure qu’un temps. L’hôtel est baptisé « hôtel de l’Élysée » juste avant la Révolution française, puis passe entre les mains d’un certain… Napoléon, qui y réside quelques mois à peine mais tombe sous le charme des lieux. C’est ce qui va faire basuler leur destin.

C’est en effet en souvenir de l’affection que lui vouait Napoléon que le palais est attribuée à son neveu en 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte vient d’être élu Président de la République (il sera quelques années plus tard l’empereur Napoléon III). Une fonction qu’il n’a plus quittée depuis…

 

Visiter le palais de l’Élysée

On peut visiter le Palais de l’Élysée une fois par an, pendant les Journées du Patrimoine (troisième week-end de septembre). On peut y admirer la cour d’honneur, célèbre dans le monde entier : c’est là que se déroule l’accueil des chefs d’États étrangers sur le “perron de l’Élysée”. On voit également la salle des Fêtes au rez-de-chaussée, qui sert pour les dîners d’État ou l’intronisation du Président de la République ; le salon Murat, qui accueille le Conseil des Ministres chaque mercredi matin ; ou encore le salon Doré qui abrite le bureau du Président de la République, d’où l’on jouit d’une vue superbe sur les jardins de l’Élysée…

Le palais de l’Élysée en quelques chiffres

  • Plus de 11 000 m2 de surface
  • 1,5 hectare de jardins
  • 300 m2 d’appartements privés pour le Président de la République
  • 365 pièces au total
  • 320 horloges
  • 2000 lettres reçues chaque jour

 

Alors, heureux ?

On imagine volontiers les Présidents de la République vivre en nababs dans ce palais, sous les « ors de la République ». Eh bien, dans les faits, ce n’est pas tout à fait vrai : bien peu de présidents ont apprécié leur vie à l’Élysée.

Charles de Gaulle détestait cet endroit et y résidait de mauvaise grâce en semaine, mais filait les week-ends, et dès qu’il le pouvait, dans sa résidence de la Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises (en Haute-Marne). Il trouvait l’Élysée minuscule et inadapté. Georges Pompidou y fait entrer l’art contemporain, mais il continue de résider dans son appartement du quai de Béthune, sur l’île Saint-Louis. Idem pour Valéry Giscard d’Estaing, qui préfère vivre dans son logement de la rue Benouville ; et pour François Mitterrand, qui habite rue de Bièvre, etc. Finalement, seuls Jacques et Bernadette Chirac se sont pris d’affection pour l’Élysée, où ils résidaient de façon permanente.

Un site en sursis ?

Très enclavé dans le faubourg Saint-Honoré, trop petit pour les fonctions auxquelles il doit faire face, exposé aux risques de crue centenale de la Seine, pas assez majestueux… Il a été longtemps question de déménager la Présidence de la République. Plusieurs sites ont été sérieusement étudiés : 

    • le Louvre bien sûr, mais son aménagement intégral en musée a mis fin à la prospection ;
    • les Invalides ;
    • l’École militaire, au pied de la tour Eiffel ;
    • et surtout le château de Vincennes, site empreint d’Histoire et de noblesse, aéré et aux portes de la ville.

Tous ces projets ont été abandonnés en raison des coûts impliqués, mais l’idée n’est toutefois pas morte….

 

Le fort de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas


Non loin de Bormes-les-Mimosas et du Lavandou, dans le département du Var, se trouve le fort de Brégançon. Il occupe une petite île toute proche de la côte, au relief accidenté (elle culmine à 25 mètres au-dessus de la Méditerranée, pour 2000 m2 de surface à peine) ; une île désormais reliée au continent par une jetée.

Le fort qui le couronne, et qui veille sur la rade d’Hyères et son fameux chapelet d’îles (↘️ Porquerolles et ses plages, Port-Cros et son parc national marin, Levant), a été fondé au Moyen Âge et a été depuis remodelé, complété, modernisé, restructuré au gré des nouvelles techniques militaires, de sorte qu’il est difficile de dater précisément les bâtiments. Bien qu’appartenant officiellement à l’État depuis la Révolution française, le fort (dont l’intérêt stratégique est nul) est loué à des particuliers pendant près d’un siècle et demi.

Le fort de Brégançon vu de la mer.

Le fort de Bregançon est le lieu de villégiature estival par excellence pour les Présidents de la République.

Comment ce fort, est-il tombé dans l’escarcelle présidentielle ? Eh bien, là encore, un peu par hasard… Cela se passa en 1964 : le général de Gaulle, alors Président de la République, souhaite aller commémorer les 20 ans du débarquement allié en Provence. Fin août, tous les hôtels de la région sont malheureusement complets… Il se trouve que le fort de Brégançon, lui, est vide : le bail du dernier locataire vient de prendre fin et n’a pas été renouvelé.

Ni une ni deux : voici le fort de Brégançon intégré à la liste des résidences des Présidents de la République. Pourtant, le général de Gaulle y passa, d’après ses dires, « une nuit cauchemardesque », harcelé par les moustiques et plié en deux dans un lit trop petit (il mesurait plus de 2 mètres, ce qui obligeait à lui aménager des lits sur mesure). Il jura de ne plus jamais y mettre les pieds mais beau joueur, conserva pour ses successeurs ce pied à terre estival, qu’ils jugeraient peut-être plus favorablement que lui.

Effectivement : Georges Pompidou tombe sous le charme de l’endroit. Il le fait décorer de fond en comble et vient y passer tous ses week-ends, quelle que soit la saison ! C’est même là que pour la première fois, des journalistes sont autorisés à photographier le Président de la République dans une tenue décontractée. Un concept poussé à son paroxysme par Valéry Giscard d’Estaing, qui s’y affichait en maillot de bain. Celui-ci adore par ailleurs y jouer au tennis ou faire de la voile.

Ensuite s’installe un long désamour. François Mitterrand s’y rend à peine quelques fois en deux septennats. Jacques Chirac avoue qu’il « s’y emmerde ». Nicolas Sarkozy préfère prendre ses vacances non loin de là, au cap Nègre, dans la maison de sa femme Carla Bruni. François Hollande, lui, finit par ouvrir le fort au public. Ces visites sont interrompues en 2018, le fort de Brégançon ayant repris ses fonctions protocolaires à temps complet.

À noter que le fort possède également une plage privée, mais qui n’est plus utilisée : elle est exposée directement vers la côte, où pullulent les paparazzi.

 

Le pavillon de la Lanterne, à Versailles


Le pavillon de la Lanterne est un ancien pavillon de chasse localisé dans le périmètre des anciens jardins du château de Versailles. Bien qu’aujourd’hui invisible du grand public, il est toujours à quelque 300 mètres à peine d’un des bras du Grand Canal. Son entrée principale donne aujourd’hui sur la route entre Versailles et Saint-Cyr-l’École. 

Il fut construit en 1787 par le prince de Poix, gouverneur de Versailles. Quelques mois plus tard, c’est la Révolution française  : il passe immédiatement de propriétaire en propriétaire jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est alors que la Lanterne est intégrée dans le patrimoine de la République… Mais c’est au Premier Ministre qu’elle échoit. 

Celui-ci en garde l’usage jusqu’en 2007, date à laquelle Nicolas Sarkozy, qui aime beaucoup ce lieu, le rattache à l’usage présidentiel et cède au Premier Ministre, en échange, le domaine de Souzy-la-Briche.

 

2 autres résidences à Paris, mais pour les services de la Présidence


Deux autres résidences parisiennes sont placées dans le giron de la Présidence de la République, mais le Président n’en a pas d’usage personnel ou de fonction.

L’hôtel Marigny, sis juste à côté de l’Élysée, a été construit en 1873 et racheté en 1972 à la famille de Rothschild : c’est là que sont logés les chefs d’État en visite en France.

Le palais de l’Alma, situé Quai Branly et construit en 1861, n’est autre que les anciennes écuries de la Présidence. C’est là que sont entreposés une grande partie des cadeaux reçus par les Présidents de la République. Des logements de fonction pour le personnel stratégique de l’Élysée y ont également été aménagés. 

 

Île de France, val de Loire, Isère… Ces anciennes résidences du Président


En plus de ces résidences, il ne faut pas en oublier d’autres, qui ont un temps appartenu au patrimoine de l’Élysée et qui ont depuis connu des fortunes diverses.

C’est notamment le cas pour les 3 chasses présidentielles. Survivance des anciennes pratiques royales, très fréquentées par les présidents Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, elles constituaient des moments privilégiés de diplomatie informelle (certains chefs d’État étrangers raffolant de cette tradition française). Elles sont peu à peu tombées en désuétude.

  • La chasse présidentielle du château de Rambouillet (800 hectares) a été supprimée par Jacques Chirac en 1995, pendant que le château (où est mort François Ier en 1547) a été cédé au Centre des Monuments nationaux en 2009.
  • La chasse présidentielle de la forêt de Marly-le-Roi (400 hectares) a elle aussi été supprimée par Jacques Chirac en 1995.
  •  La chasse présidentielle du château de Chambord (5500 hectares) a perduré, elle, jusqu’en 2010.
Façade du Grand-Trianon à Versailles.

Dans les jardins du château de Versailles, le Grand-Trianon reliait la France des rois à celles des Présidents.

Le Grand-Trianon a été utilisé pour l’hébergement de chefs d’État en visite de 1963 à 2009, date à laquelle sa gestion a été récupérée par le château de Versailles. Le château de Champs-sur-Marne fut brièvement chargé de cette même mission de 1959 à 1971.

Le château de Vizille a été acheté en 1924 par l’État, pour être une résidence présidentielle. Pourquoi ? Parce que ce lieu est chargé d’Histoire. Placé aux portes de Grenoble, dans les Alpes, il passe pour être le berceau de la Révolution française : c’est là que se réunirent les états généraux de la province du Dauphiné, appelant à renouveler la pratique politique dans le royaume de France. C’était en juillet 1788 : un an plus tard, c’était la prise de la Bastille… Vendu en 1973 au Conseil général de l’Isère, il est aujourd’hui le ↘️ musée de la Révolution française.

Vue du château de Vizille dans les Alpes.

Le château de Vizille, construit au XVIIe siècle, était incontestablement l’un des plus beaux « palais de la République ».

Enfin, la dernière résidence présidentielle est peut-être la plus insolite : le château de Souzy-la-Briche, dans l’Essonne (↘️ pas très loin de la vallée de Chevreuse), est entré en 1972 dans le domaine présidentiel, suite au legs du banquier Jean-Jacques Simon. Cette résidence fut assez peu utilisée et quand elle fut, ce fut avec une remarquable discrétion. Depuis 2007, le site est dévolu au Premier Ministre, en compensation de la Lanterne, placé désormais sous les auspices présidentiels.

 


Crédits photos : fort de Brégançon (couverture), fort de Brégançon (article).

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