Italie : visiter Naples hors des sentiers battus

par Invité
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Petite rue de Naples en Italie.

Naples est par définition une ville hors-norme. Construite sur un sol volcanique, son sous-sol est un gruyère où les habitants ont creusé pour enfouir citernes, métro, cimetières ou cultures de basilic. Rebelle, la ville ne se laisse pas enfermer dans une définition où elle serait forcément à l’étroit. Elle ne saurait donc pas se limiter à ses incontournables : incontournable, envoûtante et fascinante, elle l’est toute entière.

Le caractère bien trempé du Napolitain, exalté par une religiosité saupoudrée de superstition, renforce cette singularité de Naples. Dans une ville de venelles, d’escaliers et de souterrains, les sentiers n’ont de cesse d’être redessinés : battus ou non, peu importe. Ville de la spontanéité bruyante ; on vague dans son chaos méditerranéen, flânant de la ruelle au sublime. Pour mieux explorer son âme kaléidoscopique et plurielle.

Promenade dans une Naples étonnante et contemporaine.
 

Chiner Piazza Dante


Étal d'un bouquiniste à Naples.

Les vieux bouquins de la Piazza Dante… © L’Occhio di Lucie.

De grandes malles pleines de photos en noir et blanc. Des étals où s’alignent les livres et les carnets d’un autre temps.

Sous le regard de Dante Alighieri, perché sur son piédestal, on fouille dans les bacs à la recherche de la perle rare. Livres insolites, cartes postales surgies du passé, vieux objets de bric et de broc, on trouve de tout Piazza Dante. Les étals se poursuivent à l’ombre de la Porta d’Alba.

Pour terminer par un verre de vin au creux d’un écrin de livres aux couvertures patinées par le temps, dans le bar-librairie Berisio, à quelques mètres de là (Porta d’Alba 28).
 

Traquer le Caravage


Intérieur d'une église à Naples.

Au Pio Monte della Misericordia © L’Occhio di Lucie

Naples, un décor idéal pour un peintre au destin aussi tortueux que le Caravage. Bagarreur, querelleur, il se retrouve plusieurs fois contraint de s’éloigner de Rome, où il est notamment condamné à mort pour avoir tué un adversaire lors d’une rixe.

Trois de ses œuvres peuvent aujourd’hui être admirées du public à Naples, où le clair-obscur des toiles du maître répond à la noirceur solaire des rues de la ville, étroites et sombres mais baignées de la lumière du sud.

D’abord, au Pio Monte della Misericordia, après un parcours au sein de la Pinacothèque, on débouche dans l’église où trône la toile des Sette opere di Misericordia, les sept œuvres miséricordieuses.

Puis, au sein de la splendide Galleria Italia. Le Martyre de Sainte Ursule, dernière œuvre de l’artise, est exposé dans ce splendide palais transformé en musée par ses nouveaux propriétaires, une banque.

Enfin, sur les hauteurs de Naples au musée Capodimonte. Après avoir traversé l’opulente collection du musée, on tombe sur la Flagellation du Christ, œuvre sublime où n’est éclairé que le corps du Christ, misérable et glorieux.
 

Entrer dans les églises


Un cloître baroque à Naples.

Le cloître de San Gregorio Armeno. © L’Occhio di Lucie

En voyage en Italie, on passe forcément beaucoup de temps à pousser les portes des églises : c’est là que sont conservés les chefs d’œuvres des artistes, et ce sont des trésors d’architecture.

À Naples, la dévotion est partout. Dans les rues, de petits autels à la Vierge ou à l’un des cinquante-deux saints patrons de la ville (saint Janvier est seulement le plus célèbre).

Sur les places, les églises répondent par leur grandeur à cette dévotion populaire. Ne vous contentez pas du Duomo et de Santa Chiara, certainement parmi les plus visitées.

Derrière les portes de San Lorenzo, l’immensité nue de la pierre et les arches gothiques vous laisseront bouche bée. A San Gregorio Armeno, c’est le cloître et sa douceur citronnée qui servent de prélude à l’émerveillement baroque de la nef.
 

Adopter une âme en peine aux Fontanelle


Squelettes à Naples.

Atmosphère aux Fontanelle… © L’Occhio di Lucie

Lors de la peste qui ravage Naples en 1656, on ne compte plus les victimes. Les cadavres s’entassent et tous ne reçoivent pas une digne sépulture : ce sont les anime pezzentelle. Dans les cavités immenses des Fontanelle, leurs restes ont été ordonnés, les os bien rangés contre les murs, les crânes au premier plan.

Quand ils ont besoin de faire exhausser leurs vœux, les Napolitains s’adressent à elles. Ils adoptent alors une âme, lui donnent un nom et prennent soin de son crâne, lui rendent visite. Une fois la grâce obtenue, ils lui construisent un petit autel ou lui apportent des présents.

La tradition est encore vivante, et on peut entrer gratuitement dans le cimetière pour saluer les âmes errantes et se promener entre les bougies qui rendent l’atmosphère étrangement lugubre.
 

S’immerger dans l’art… contemporain


Intérieur d'un musée à Naples.

Au Museo Madre… © L’Occhio di Lucie

« Baroque » est souvent employé pour définir Naples. Il est vrai qu’il assaille le visiteur d’une véritable charge artistique. Images saintes, torrents de marbre, décorations en stucs, elle a la théâtralité d’une scène à ciel ouvert. Mais cette plongée artistique dans un monde saturé d’ornements vous conduira aussi sur la voie de l’art contemporain.

En un ticket, vous voilà au cœur de l’art contemporain : les stations de métro de Naples ont été confiées à des artistes qui interpellent le voyageur pressé dans les couloirs. Pour en avoir le cœur net, descendez à Toledo, vous comprendrez mieux.

En plein cœur historique, entre deux ruelles sombres, la fantaisie colorée de Daniel Buren invite à passer la porte du Museo Madre, trois étages dédiés à l’art contemporain avec des artistes internationaux. Grimpez jusque sur le toit, où le regard embrasse l’œuvre de l’artiste Bianco-Valente, le Vésuve et le golfe, synthèse d’une ville créative.
 

Admirer un Christ pétrifié


Baroque et grandiose, la chapelle San Severo (photos et infos sur le site officiel de la chapelle) est l’écrin somptueux d’une œuvre qui fit pousser aux Napolitains des cris de stupeur et des soupirs jaloux. Sous un voile qui semble léger comme la gaze, le corps du christ gît, pétrifié dans le marbre. Comme par magie, la main du sculpteur y a imprimé une transparence et une légèreté qui provoquent encore l’émoi.

Lors de sa présentation, en 1753, on souffla dans le public que l’artiste aurait triché, utilisant du plâtre au lieu du marbre. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien et que le talent de Giuseppe Sanmartino, son auteur, est aussi réel que l’émotion du spectateur.
 

Voir le soleil se coucher sur Naples


Panorama sur le golfe de Naples.

La vue depuis le fort Sant’Elmo. © L’Occhio di Lucie

Vous avez apprécié la vue depuis la chartreuse San Martino ? Bien, ça n’est pas fini. Au dessus du cloître de l’église des moines Chartreux, se détache l’imposante silhouette du Château Sant’Elmo, bâti au XIVe siècle.

Une fois payé le droit d’entrée, passez son pont-levis et hissez-vous jusqu’au chemin de garde au sommet des remparts. Le regard embrasse alors tout le golfe de Naples, portant jusqu’à Capri. Le Vésuve apparaît lui aussi en majesté, tandis que les toits de la ville s’étendent jusqu’à la mer. Au coucher de soleil, le moment est précieux.
 
Enfin, pour vivre un voyage à Naples insolite ou authentique, la curiosité prime. Explorez, dialoguez, rencontrez : les Napolitains sont un peuple chaleureux qui n’a pas peur de parler avec les mains pour se faire comprendre. Parce qu’un voyage unique passe avant tout par des rencontres, avec la ville et ses habitants. Bonne découverte de Napoli !
 

À propos de l’autrice


À qui pouvait-on mieux demander de nous parler de Naples ? Lucie, du blog L’Occhio di Lucie et du site Venise à votre image, est d’autant plus amoureuse de l’Italie qu’elle y vit. Naples fait partie de ses destinations préférées dans la Botte.

Elle nous a déjà parlé dans ce magazine de :

2 commentaires

2 commentaires

Lucie 15 avril 2019 - 15:52

Merci Virginie !!

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Virginie 8 avril 2019 - 12:30

Excellent article Lucie, comme tu dis Naples n’est pas facile à enfermer dans une définition, ton article en rend bien l’ame multi-facettes!

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