Vous êtes bien en Australie. Mais ici, pas de désert, pas de sable rouge, pas d’outback, pas de distances interminables à parcourir en voiture, beaucoup moins d’animaux dangereux aussi. La Tasmanie est vraiment à part, c’est une terre du bout du monde, un climat tourmenté, un petit paradis sauvage, un certain art de vivre aussi. Visite guidée d’une île qui cache bien ses trésors.
Une autre Australie : 15 jours sur les routes de Tasmanie
La Tasmanie, portrait d’une île tourmentée
Pour bien comprendre la Tasmanie, il faut d’abord en dresser un portrait peu racoleur. Cette île de forme vaguement triangulaire flotte à 200 kilomètres au sud de l’île mère australienne, à l’aplomb de Melbourne. La Tasmanie est en réalité un archipel de quelque 300 îles, dont la très grande majorité est inhabitée.
Elle se situe en plein dans les « quarantièmes rugissants » et au-delà de sa côte sud s’ouvrent des mers encore plus hostiles, celles qui conduisent aux « cinquantièmes hurlants » et à l’Antarctique. En Tasmanie, la météo peut avoir très mauvais caractère, mais c’est aussi ce qui donne du charme à ses paysages. La côte est est toutefois plutôt mieux préservée des intempéries, ce qui explique l’assez surprenante diversité des paysages que vous traverserez.
On estime qu’avant l’arrivée des Européens, la Tasmanie est restée sans relations avec le reste du monde pendant presque 10 000 ans. Cela a permis le développement et la préservation d’une faune et d’une flore très spécifiques. On pense bien entendu au diable de Tasmanie, très menacé aujourd’hui. C’est un étrange mélange de chien et d’ours, doté d’un sacré coup de mâchoire, d’un cri rauque et hystérique, d’une sale odeur quand on l’agresse et d’un authentique fichu caractère. On trouve aussi en Tasmanie des ornithorynques, des échidnés, ainsi qu’une douzaine d’espèces d’oiseaux endémiques.
Pour une rencontre avec le diable, rendez-vous en Tasmanie.
L’île a été reconnue en 1642 par l’explorateur hollandais Abel Tasman, juste avant de toucher la Nouvelle-Zélande. Elle fut longtemps appelée la Terre de Van Diemen avant d’être rebaptisée en l’honneur de son découvreur au milieu du XIXe siècle. Quelques aborigènes y vivaient, rapidement exterminés. Les Anglais, qui occupent l’Australie voisine, s’y installèrent pour y établir des bagnes.
Mon itinéraire de road trip en Tasmanie
Un road trip en Tasmanie peut se scinder en cinq régions au caractère bien spécifique, Hobart et sa région, la presqu’île de Port Arthur, la côte est et ses plages, la côte nord plus douce, les grands parcs nationaux de la côte ouest.
Étape 1 – Hobart et ses environs
Tout au sud de la Tasmanie, Hobart est lovée dans une longue échancrure de la côte, bordée d’un côté par la mer de Tasman et de l’autre par l’imposante silhouette du mont Wellington. C’est la capitale de la Tasmanie et la seconde plus ancienne ville d’Australie après Sydney, fondée en 1804.
Le port de Hobart, un petit aperçu de l’art de vivre tasmanien.
Avec près de 250 000 habitants, elle n’a rien d’une grande métropole. Bâtiments bas, gentillesse de ses habitants, rythme lent, tout concourt à une certaine douceur de vivre. Il suffit de se promener autour du port, sur Hunter Street ou Salamanca Place, ou dans le quartier de Battery Point pour s’en convaincre.
La grosse touche d’originalité est à chercher du côté du Museum of Old and New Art, le MONA, fondé par le multimillionnaire australien David Walsh.
Bruny Island, une escapade idéale pour se reposer aux portes de la capitale.
Pour une escapade d’un jour ou deux, il y a Bruny Island, qui tire son nom de l’explorateur français Antoine Bruny d’Entrecasteaux, et ses paysages doux, ainsi que ses chemins de randonnée. La vue est splendide depuis la mince bande de terre qui relie les deux parties de l’île, The Neck.
Étape 2 – Port Arthur, la presqu’île infernale
C’est une presqu’île à la forme tourmentée qui se détache presque de la côte sud de la Tasmanie. Port Arthur est sans doute l’un des sites tasmaniens les plus forts à visiter.
Ne vous fiez pas au beau temps, Port Arthur était autrefois l’une des pires destinations de la planète.
C’est ici que s’établit l’un des pires bagnes jamais connus. Y furent affectés les prisonniers les plus violents, les plus récalcitrants, les dossiers les plus difficiles à gérer. Cette péninsule fut choisie car très facile à garder, reliée au reste de la Tasmanie par un unique isthme, Eaglehawk Neck, et entourée par la mer de Tasman où pullulent les requins.
Plus de 12 000 bagnards vécurent ici avant que le pénitencier soit abandonné à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, il reste une ville fantôme qui donne la chair de poule, surtout quand la météo est mauvaise.
Outre le pénitencier, la presqu’île offre d’autres curiosités géologiques comme la Tasman Arch ou le Tessellated Pavement. Tout au sud, Shipstern Bluff et ses vagues monumentales est l’un des spots de surf les plus dangereux du monde.
Étape 3 – La côte est, ou les plages inattendues de Tasmanie
Changement radical de décor en gagnant le Freycinet National Park, le plus ancien parc national tasmanien. Ici, l’air est plus sec, il y a plus de 300 jours de soleil par an, des plages paradisiaques apparaissent dans des baies inattendues, et même des vignobles.
Eaux turquoises, baies de rêve, végétation sauvage, bienvenue au Freycinet National Park.
La plus connue est Wineglass Bay, mais il y a aussi Hazards Beach et Friendly Beaches. Attention, l’eau reste froide et la présence de requins impose de se baigner uniquement dans les zones surveillées.
Le village de Bicheno est une petite escale tranquille, avec son port de pêche, sa communauté francophone et sa colonie de pingouins.
À la Bay of Fires, les contrastes de couleur peuvent se révéler impressionnants.
En remontant la côte orientale, vous tomberez sur Binalong Bay et surtout la Bay of Fires, qui doit son nom aux feux aperçus par le capitaine Furneaux en 1773 et à la teinte orange de son granit.
Étape 4 – Au nord de la Tasmanie, la petite Provence australienne
Au nord, la Tasmanie devient plus douce, plus campagnarde. L’île prend des airs tantôt de Provence, tantôt de Toscane, tournée vers l’art de vivre et les plaisirs de la table.
Le nord de la Tasmanie est une région où l’on cultive beaucoup la lavande.
C’est à Tamar Valley que s’épanouissent les vignobles les plus réputés. Les domaines sont petits, la production limitée, et la passion reste le moteur principal des vignerons.
L’épicentre de ce nord épicurien est Launceston, la seconde ville de Tasmanie avec 80 000 habitants. On peut y admirer des monuments de l’époque victorienne et partir explorer Cataract Gorge directement depuis le centre-ville.
La côte nord est la partie la moins touristique de Tasmanie. On peut continuer jusqu’à The Edge of the World, à l’embouchure de l’Arthur River, où le vent souffle très fort.
Étape 5 – L’ouest et le cœur de l’île, la Tasmanie grandeur nature
Voici la Tasmanie des cartes postales. La Tasmanian Wilderness World Heritage Area, classée à l’Unesco, occupe presque tout le versant occidental de l’île, soit 20 % de sa superficie.
Certaines parties sont totalement dépourvues de routes et d’activité économique. Les anciennes mines de Queenstown sont les souvenirs d’une époque révolue.
Cette zone se décompose en huit parcs nationaux et réserves naturelles. On peut citer le Cradle Mountain–Lake St Clair National Park, au pied du mont Cradle, d’où démarre l’Overland Track, long de 65 kilomètres, jusqu’au lac Saint Clair.
Au cœur de la Tasmanie, au pied de Cradle Mountain, un paradis pour la randonnée.
Le Franklin-Gordon Wild Rivers National Park est souvent cité parmi les plus beaux parcs nationaux d’Australie. Le Mount Field National Park est célèbre pour ses chutes d’eau, Russell Falls, Marriott Falls, Horseshoe Falls, et les arbres de la vallée du Styx.
Les chutes d’eau de Russell Falls sont l’une des plus connues de Tasmanie.
Le Southwest National Park occupe une grande partie de la pointe sud de la Tasmanie, région la plus sauvage de l’île. Une randonnée permet de rejoindre Southern Cape, le point le plus au sud de l’Australie. Le parc national des Hartz Mountains offre un dernier grand bol d’air avant de revenir à Hobart.
Comment aller en Tasmanie ?
Il n’y a pas de liaison directe entre l’Europe et la Tasmanie. Deux possibilités existent, prendre le ferry à Melbourne jusqu’à Devonport, traversée de nuit d’environ neuf heures, ou prendre l’avion depuis Melbourne, Sydney, Brisbane ou Adélaïde jusqu’à Hobart.
Louer une voiture en Tasmanie
Il est possible de voyager sans voiture, mais les bus ne sont pas pratiques compte tenu de la faible densité des lignes. La conduite est calme, la circulation fluide, et les distances restent raisonnables, environ 300 kilomètres d’est en ouest et 350 kilomètres du nord au sud.
Quand partir en Tasmanie ?
La météo est capricieuse toute l’année. L’été austral, de décembre à mars, offre plus de chances de beau temps. De juin à septembre, c’est l’hiver austral, avec même deux petits domaines skiables au mont Mawson et au Ben Lomond.
La chose qu’il ne faut pas oublier dans la valise
Des vêtements chauds et des vêtements de pluie, quelle que soit la saison.
